« La réforme de la formation professionnelle vue par les partenaires sociaux. » Tel était l’intitulé de la table ronde qui devait se dérouler, hier, jeudi 19 mars, à l’occasion des troisièmes Trophées du DIF, organisés par le groupe Demos, à Paris. Bien que le DIF et la formation professionnelle en général mobilisent fortement Annie Thomas (CFDT), Stéphane Lardy (FO), et Paul Desaigues (CGT), ces derniers ont décliné l’invitation à la cérémonie prévue de longue date en raison du mouvement social le même jour… Heureusement, des enregistrements vidéo projetés à la salle ont permis aux partenaires sociaux de donner le change à Alain Druelles, responsable formation du Medef, seul intervenant présent hier.
Interrogé sur l’accord, Alain Druelles a estimé que cet accord n’est en « rien une révolution et que c’est clairement l’acte II de l’accord de 2003, lequel précisait d’ailleurs qu’il convenait de mener une évaluation et corriger ce qui devait l’être ». Un avis largement partagé par Annie Thomas, Paul Desaigues, et Stéphane Lardy. Ces derniers ont davantage parlé d’évolution, d’avancée, et de continuité, plutôt que de rupture. En clair, c’est une progression, « un avenant à l’ANI de 2003 », pour reprendre l’expression du juriste Jean-Pierre Wilems, mais « ce n’est évidement pas l’accord du siècle », a résumé Stéphane Lardy.
Un accord qui a néanmoins apporté des avancées, notamment sur le fait d’accorder des droits et des opportunités de formation professionnelle « en fonction de la personne et de son parcours et non plus en fonction de son statut », ce qui représente un vrai changement, a souligné Annie Thomas. « Le système était trop cloisonné et ne permettait pas de donner assez en fonction des besoins et des projets professionnels ». Autre point crucial de l’accord, selon la déléguée nationale de la CFDT : le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP), un dispositif « souple » dans la mesure où il finance à la fois « les salariés, les demandeurs d’emploi et les personnes en insertion », a jugé la vice-présidente de l’Unédic.
« Nous avons signé l’accord car nous estimons qu’il permet de mettre le focus sur les PME et les TPE et sur les salariés les moins qualifiés », a noté pour sa part Stéphane Lardy. Lequel a aussi souligné les avancées en ce qui concerne le DIF. Créé par l’ANI de 2003, cet outil fut la « première étape pour que les salariés accèdent plus facilement à la formation professionnelle », a observé Stéphane Lardy. « Aujourd’hui, avec la transférabilité et la portabilité de ce droit, nous allons vers une deuxième étape. C’est désormais un droit qui suit la personne, quel que soit sont statut juridique ; un salarié licencié conserve ce droit », s’est-il réjoui.
Paul Desaigues a quant à lui cité trois points forts de l’accord : « Le maintien du CIF et du DIF en l’état, ce qui n’était pas gagné, au vu de la pression que certains mettaient pour que les deux dispositifs soient fusionnés… ; la mutualisation des fonds, qui va notamment permettre de mieux former les salariés travaillant pour le compte de sous-traitants ; et enfin, la montée d’un cran en qualification lorsqu’on se forme. »
Interrogé sur ce dernier point par la juriste Michèle Boumendil, Alain Druelles a objecté que l’idée de monter d’un cran en qualification était « un objectif louable, il faut se bagarrer là-dessus, mais faut-il encore pouvoir se mettre d’accord sur les qualifications… ». Et d’ajouter que si l’accord sécurise davantage la formation des personnes les plus éloignées de l’emploi, il ne faut pas non plus oublier d’évoquer la question des moyens financiers « pour celles et ceux qui sont déjà formés et qui ont malgré tout besoin de continuer à l’être. C’est un équilibre difficile à trouver ».
Manière pour le responsable formation continue du Medef de rappeler que la formation professionnelle est à la fois un enjeu « individuel pour l’entreprise et un enjeu collectif. Le plan de formation détermine la politique RH de l’entreprise et sa stratégie. Mais la formation représente aussi un enjeu collectif, notamment sur la question des jeunes, de l’apprentissage, de la professionnalisation ». Et d’ajouter que la formation professionnelle devrait – aussi – pouvoir se « dérouler davantage hors temps de travail et sans que le salarié ait besoin de solliciter l’entreprise ».