« Ce n’est un secret pour personne, et cette pression a été plutôt contre-productive. Il n’y a pas eu une semaine où un ministre, un secrétaire d’Etat, un conseiller social de l’Elysée, n’ait pas fait une déclaration sur la nécessité de négocier rapidement », a-t-il relevé.
Un avis partagé par Stéphane Lardy (FO), qui rappelle que la formation continue obéit à « un processus long d’appropriation », arguant que la traduction effective du premier accord sur la formation professionnelle, signé en 1971, « a mis dix ans pour monter en charge ». De même, l’avant-dernier en date (2003) s’est véritablement inscrit au niveau des entreprises deux ans après, en 2005, a-t-il observé. « Il a fallu près de trois ans pour arriver à l’accord de 2003 et là, pour l’ANI de 2009, on nous a donné quatre mois. C’est en réalité l’acte II de l’ANI 2003, et il ne faut pas se leurrer, l’acte III est pour demain, ce n’est pas pour dans vingt ans », a appuyé Alain Druelles. « On a encore du grain à moudre », a abondé Paul Desaigues (CGT).
Outre le tempo de la négociation, Annie Thomas, déléguée nationale CFDT, a regretté que « l’articulation entre les trois acteurs de la formation professionnelle (Etat, Conseils régionaux, et partenaires sociaux) soit traitée par petits bouts », pointant qu’il était difficile dans ces conditions de lier des logiques de branches et des logiques nationales. « On aurait aimé aller plus loin dans l’articulation », a-t-elle jugé. « Tous les acteurs s’occupent un peu de la compétence de chacun, cela ne simplifie pas les choses », a noté pour sa part Alain Druelles. « Il faut remettre chacun au cœur de son métier. »
Autre regret formulé par Annie Thomas : le plafonnement à 13 % de la contribution légale que les entreprises devront verser. Elle aurait aimé qu’il n’y ait pas de plafonnement et que l’abondement se fasse en fonction de la situation économique et des besoins. Le climat actuel de crise a d’ailleurs pesé dans la négociation, selon Alain Druelles, qui estime que « la négociation n’aurait sûrement pas abouti au même accord si elle avait eu lieu en juillet, c’est évident. Dans ce contexte de crise aggravée, nous avons dû apporter des moyens rapides et forts, qui ont abouti à la création notamment du FPSPP ».
Une négociation qui n’a pas pu « suffisamment simplifier » les dispositifs, au grand regret d’Alain Druelles. « La simplification à outrance ne risque-t-elle pas de réduire le sens de la formation professionnelle ? », a interrogé la juriste Michèle Boumendil. « La formation professionnelle est de nature complexe par essence dans la mesure où les besoins des personnes sont multiples et complexes. Je suis personnellement très inquiète lorsque j’entends l’Etat avancer seulement trois critères pour suivre une formation : maintenir son adaptabilité lorsqu’on est en emploi, progresser et évoluer lorsqu’on est salarié, et retrouver un travail lorsqu’on en a pas. Je suis sûre que si on demande à la salle aujourd’hui pourquoi les participants se sont formés ou ont l’intention de le faire, les réponses seront toutes différentes. »
Reprenant son rôle d’animatrice, Michèle Boumendil a interrogé les partenaires sociaux sur leurs attentes et leurs craintes, à l’aune de la discussion parlementaire du projet de loi sur la formation professionnelle, qui sera débattu à partir d’avril. Les réponses (Medef, CFDT, CGT, FO) ont été unanimes : les partenaires sociaux souhaitent que l’accord soit « respecté ». En filigrane, les partenaires sociaux expriment aussi une certaine inquiétude à l’idée que l’Etat reprenne la main. « On sait que le projet de loi ira plus loin que l’accord. N’est-on pas arrivés à la fin d’un exercice ? », interroge Michèle Boumendil, avant de citer Montesquieu : « La loi inutile tue la loi nécessaire. » Puisse le projet de loi « ne pas défaire ce qu’on a réussi à construire collectivement », espère Paul Desaigues.