Bernard Masingue, directeur de la formation au sein du groupe Veolia Environnement, a remis un rapport sur le thème « Seniors tuteurs : comment faire mieux ? », au secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez, mardi 17 mars. Un faisceau de propositions structuré autour de trois axes : l’organisation, l’encadrement et la reconnaissance du tutorat.
En France, le taux d’emploi des personnes de 55 à 64 ans se situe autour de 38 %, note le rapport en préambule. Il est inférieur à la moyenne européenne, qui est à 43,6 %, et au taux d’emploi des seniors des principaux pays partenaires (Allemagne, Etats-Unis, Royaume-Uni notamment). « Cette caractéristique s’explique principalement par l’existence en France d’une rupture importante entre 59 et 60 ans, le taux d’emploi passant de 42 % à 59 ans à 25 % à 60 ans », souligne le document élaboré par Bernard Masingue.
Dans ce contexte, ce rapport vise à « dresser l’état des différentes pratiques de tutorat et de la place que peuvent y tenir les seniors, d’énoncer des préalables à l’exercice du tutorat par les seniors, et enfin de préconiser, à l’attention tant des partenaires sociaux que des pouvoirs publics, des pistes envisageables pour rendre plus pertinent et plus efficace le tutorat en général et celui par les seniors en particulier ».
Premier principe : organiser le tutorat
Organiser en amont un dispositif de tutorat pour en garantir le succès implique de respecter un certain nombre d’étapes préalables.
Première étape : en premier lieu, avant de recourir au tutorat, repérer clairement les compétences qui doivent être transmises et vérifier qu’elles sont bien comprises et partagées par la communauté de travail concernée.
Deuxième étape : s’interroger sur la pertinence du choix du tutorat et vérifier qu’il est bien l’outil le plus adapté au regard des besoins, des attentes et des ressources, le tout dans le contexte spécifique de l’unité de travail où il va s’exercer et non pas seulement dans le cadre général d’une politique d’entreprise aussi pertinente et généreuse soit-elle.
Troisième étape : les tuteurs doivent être sélectionnés en s’intéressant aux profils disponibles (potentiel, motivation, pertinence de la personne dans le contexte). Concrètement, cela implique l’existence de plusieurs filtres.
Quatrième étape : les objectifs du tutorat ainsi que les conséquences de la mission de tuteur sur l’organisation du travail doivent être précisés. « Cela suppose notamment d’informer le futur tuteur des enjeux de sa mission, de lui préciser les compétences qu’il doit transmettre et d’évaluer avec lui les conséquences de leur exercice sur son activité, sur son unité de travail, sur ses relations avec la hiérarchie », précise Bernard Masingue.
Cinquième étape : les tuteurs doivent être formés.
« Le tutorat n’est pas une mission dont on maîtrise les compétences parce que l’on est un bon professionnel par ailleurs, insiste le directeur formation de Veolia Environnement. Faisant appel à des compétences spécifiques, il demande une formation spécifique. Cette formation, comme toute formation, doit obéir à un cahier des charges qui sera différent en fonction des contextes, des ambitions du tutorat et des prérequis des futurs tuteurs. »
Deuxième principe : encadrer la pratique du tutorat
Le rapport Masingue recommande d’inscrire le tutorat dans un « process » en définissant les différentes phases de son exercice. Dans cette perspective, les entreprises ou leurs branches pourraient s’inspirer de pratiques déjà en usage. Bernard Masingue en présente « les plus essentielles » :
une « contractualisation » de l’activité tutorale par une « lettre de mission » précisant les attentes et contours exacts de la mission et en structurant sa mise en œuvre (objectifs, moyens mis à disposition, durée, responsabilités respectives, temps disponibles) ;
le « temps tutoral » doit être évalué le plus objectivement possible pour bien prendre en compte les exigences de temps des activités tutorales. « Il comprend à la fois les moments de la relation tutoré-tuteur mais aussi ceux d’échanges avec la hiérarchie et les formateurs », souligne Bernard Masingue ;
des points réguliers, entre les acteurs concernés dont la hiérarchie, sont indispensables.
Pour accompagner les tuteurs tout au long de leur mission, plusieurs outils utiles sont mis en œuvre et « méritent d’être systématisés » :
un « guide du tuteur » comme dans certaines entreprises et branches professionnelles (« Force immobilier », institut de formation du groupe immobilier LAMY 30, EDF, Veolia et nombre d’autres). « Ces guides permettent de formaliser, par exemple sous forme de « fiches outils », les différentes étapes de la mission du tuteur et les modalités à mettre en œuvre. Ils accompagnent les tuteurs tout au long de leur mission et contribuent au quotidien au succès de leur activité », détaille le rapport ;
un « portail dédié » ou « site collaboratif » au niveau de l’entreprise ou de la branche. Il permet de mettre à disposition des tuteurs, où qu’ils se trouvent sur le territoire, et par une simple consultation Internet, les principes, les méthodes et les informations actualisées nécessaires à leur mission ;
enfin, dans certains cas, il peut paraître utile de « sécuriser les tuteurs », par exemple en acceptant « une hausse transitoire des malfaçons et/ou une baisse éventuelle de productivité », toujours selon Bernard Masingue. Cette tolérance doit être explicite pour libérer le tuteur de ses craintes.
Le bon déroulement de la « chaîne de travail » du tutorat implique le management et les fonctions RH. Leur qualification, de ce fait, est « nécessaire, a fortiori pour le cas de seniors tuteurs ».
Troisième principe : reconnaître le tutorat
Le besoin de reconnaissance est une source essentielle de motivation. Des dispositifs de reconnaissance doivent donc être « réfléchis, construits et mis en œuvre », relève Bernard Masingue.
La valorisation symbolique ou institutionnelle des tuteurs est importante, via par exemple, la remise de récompenses type « tuteur de l’année ».
La reconnaissance professionnelle.
L’octroi d’une rémunération supplémentaire, sous la forme d’une prime forfaitaire versée en début, en cours ou en fin de tutorat, d’une prime variable…